Le BAR

 les Moeurs du BAR

 

Les notes ci-dessous sont extraites :

  • LES PÊCHES SPORTIVES DU BAR.  
  • Par JEAN DEMIL
  • Éditions BORNEMANN . Paris

(Nourriture ? Lieus de séjour ? Reproduction)

    Le Bar est non seulement omnivore mais encore de goût fort disparate. Des autopsies pratiquées à des époques différentes le prouvent surabondamment. Il semble préférer la quantité et 18 variétés à la qualité.

    L'inventaire du contenu de l'estomac d'un Bar moyen (2 à 3 kgs), fait à une émoulue où la nourriture abonde (juin-juillet), permet des constatations effarantes sur la vigueur de l'appétit de ce poisson et des suppositions infinies sur les randonnées ayant procuré ce repas pantagruélique.

 Je me souviens d'un Bar de 8 livres, pris au Surf casting, sur crabe mou, que j'avais autopsié sur place afin de connaître les goûts du jour.

 Absolument effaré de la goinfrerie révélée, j'avais noté le résultat de l'inventaire sur mes tablettes. La poche stomacale vidée sur le rocher révéla: 1 grosse pince (molle) de crabe Tourteau, 2 ou 3 touffes de goémon, une vingtaine d'énormes poux de mer (1)

(je me demande encore aujourd'hui d'où provenaient ces bestioles d'une taille inconnue à ce jour), 2 anguillettes, 7 lançons, une petite orphie, une poignée de crevettes en magma (crevettes de sable), 2 gros bouquets, un Tacaud de 200 grs entier et bien conservé, 2 crabes verts mous et pour finir un énorme gobie noir.

    Selon la saison et le temps, le Bar, tel le héron de la fable, est sans doute obligé de se contenter de ce qu'il trouve sur sa route. Ainsi, en hiver, époque où il est le plus maigre, il n'est pas rare de ne trouver que du goémon dans son estomac, surtout en période de morte-eau.

A la même époque, mais par grande marée, il est souvent gavé soit de puces de mer, soit uniquement de lançons (surtout par temps froid).

Au printemps il fait presque exclusivement son ordinaire de crabes mous (dont la mue vient de s'achever), ou francs (prêts à muer). En été, surtout juillet-août, il se gave de Sprats. Enfin, en automne, il a une prédilection pour la crevette, surtout celle de roche.

    Notez que la variété des menus du Bar ne s'arrête pas la, il ne dédaigne pas les vers marins (surtout la gravette blanche), ce qui suppose d'assez longs séjours sur les plages de sable.

Les petites seiches minuscules que l'on trouve sur certains herbiers abrités à la fin de l'automne, semblent également lui plaire particulièrement, et comme ces céphalopodes en puissance sont déjà pourvus de poche à sépia, cela forme, à l'autopsie, une bouillie innommable capable de soulever les cœurs les mieux accrochés.

Il n'est pas rare de trouver jusqu'aux œufs d'oiseaux de mer et les petits oisillons, tombés des nids situés dans les falaises rocheuses, qui, paraît-il, tentent la convoitise de ce goulu insatiable.

Il circule, à ce propos, de curieuses légendes parmi la population côtière, légendes que les vieux marins vous content complaisamment et desquelles il ressort que les parages de ces falaises granitiques, choisies par la faune ailée marine pour nidifier, sont hantés par des Bars monstrueux, à l'affût de ces œufs (plus ou moins frais), et de ces oisillons dont ils raffolent.

En conséquence, une recette infaillible est de piller un de ces nids pour y trouver l'appât merveilleux.

Le fin du fin est de se procurer des œufs couvés, avec l'oisillon prêt à éclore, d'empaler l'innocente bestiole sur un hameçon ad hoc et de laisser couler au pied du rocher où attend le monstre.

    A ma courte honte, et pour éclairer votre lanterne à ce sujet, j'avoue avoir tenté l'expérience... en vain. J'avais pourtant choisi comme terrain d'expérience un coin cumulant les conditions idéales puisqu'il s'agit des " Tas-de-Pois ", monstrueux rochers, au nombre de 5 à 6, situés en ligne droite, en prolongement de la côte proche et séparée par des espaces de 10 à 15 mètres d'eau peu profonde (Région de Camaret, Finistère).

    Les oiseaux de mer y pullulent, surtout les goélands gris et les mouettes, ainsi que les cormorans.

J'ai pêché, des journées entières, en barque, aux pieds de ces rochers, à l'époque de la nidification. Je n'ai jamais remarqué de chute d'œufs.

Une seule fois j'ai constaté la chute d'un oisillon, à peine emplumé et assez volumineux d'ailleurs.

Le cœur battant, j'ai attendu le gobage et le remous caractéristique d'un énorme Bar solitaire.

A la tombée de la nuit, l'oisillon tué sur le coup lors de sa chute, était encore sur l'eau. Je vous livre la recette pour ce qu'elle vaut et vous laisse le soin de conclure.

    De tout ceci il se dégage que, parmi ces nourritures variées, une très large place est faite aux petits crustacés, aux parasites des grèves, et à la vermine, ce qui prouve éloquemment une fréquentation côtière assidue et quasi permanente.

    Le Bar aime les eaux fraîches, agitées et très oxygénées. Ces deux dernières conditions, étroitement solidaires, sont impératives. Pour ces raisons, le Bar ne s'aventure qu'exceptionnellement en eau calme et pour un bref séjour, sauf si les eaux sont très froides, ce qui les rend plus riches en oxygène. Notons, en passant, que la finesse de la chair du Bar, se rapprochant énormément de celle des Salmonidés, provient certainement de cette similitude de nourriture (crustacés) et de séjour (eaux vives).

    J'ai eu, un jour, une première intuition de ce besoin impérieux d'eaux très aérées, à la suite d'une expérience involontaire. Pêchant le Lieu au lancer, à basse mer, j'avais eu l'idée saugrenue de mettre mes prises dans une profonde cuvette creusée dans le granit par le flot et restant accessible jusqu'à la demi-marée environ.

Ayant eu l'heureuse aubaine de la prise d'un Bar je le plaçai également dans le bassin naturel afin de le garder bien en vie jusqu'au départ, et faire, à ma femme, la surprise d'un poisson sautant hors du panier. Hélas, une demi-heure plus tard, le Bar, pourtant nullement blessé et décroché avec ménagement, était raide mort, alors que les Lieus survécurent très bien quelques heures encore.

    Ces conditions d'agitation et d'oxygénation maximum ne sont valables que si la hauteur d'eau est faible, c'est pourquoi le Bar est un poisson d'eaux peu profondes.

    En effet vous ne pêcherez jamais un Bar en eau très profonde pour la simple raison qu'il n'y séjourne pas. Cela nous amènera, en temps utile, à parler des lieux de séjour et de passage.

Car il peut se faire que vous réussissiez, accidentellement, une prise, par exemple en récupérant vivement votre appât ou votre leurre, travaillant ainsi en surface ou presque et que vous cueilliez, au passage, un Bar évoluant au-dessus d'une fosse.

    Vous ne réussirez pas cet exploit si votre leurre évolue au fond et même entre deux eaux.

    Cette répugnance pour les grands fonds est clairement démontrée par le fait qu'aucun professionnel n'a jamais réussi la prise d'un Bar, soit à la ligne, au filet, ou de toute autre façon, en pleine eau (bien avant la limite du plateau continental).

De même son absence autour des îles, parfois très proches, bordant la côte; est significative chaque fois que le chenal séparant ces îles de la terre ferme excède une certaine profondeur et que les abords de ces îles sont abrupts.

    Certaines îles, telle l'Angleterre, et d'autres à une échelle moindre sont, en ce qui concerne la question qui nous préoccupe, davantage des "continents " que des îles. Sur leur littoral étendu et de conformation variée, le Bar trouve, probablement, les mêmes conditions d'existence que sur nos côtes métropolitaines. De plus sa présence remonte peut-être à des temps immémoriaux où ces îles étaient reliées à la terre ferme.

    Cette présence réelle et prouvée n'est donc pas, contrairement à ce que l'on pourrait croire, en contradiction avec la présente affirmation issue de certitudes.

    Il est difficile d'évaluer, même très approximativement, la hauteur d'eau maximale dans laquelle se complaît le Bar. Elle doit osciller aux environs de 4 mètres.

    Je pense qu'il serait sage de limiter aux zones de laminaires le champ d'action des Bars, ce qui correspond, à peu près, au niveau cité.

    Mais ceci est, je le répète, un maximum, et le Bar se trouve le plus souvent dans des fonds n'excédant pas 2 mètres et même beaucoup moins.

    Il semble que c'est là son véritable élément. C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner de voir certains coins, apparemment excellents, et réunissant toutes les conditions requises, sauf la hauteur d'eau, désertés par les Bars. La nature du fond semble également influer sur la présence ou l'absence du Bar.

    Des captures effectuées en différents endroits, il ressort que le Bar n'affectionne ni les fonds d'algues, ni les fonds de vase. Il a une préférence pour les rochers blancs couverts de "balanes " et de petites touffes clairsemées de goémon court, pour les fonds de galets ou de gravier et, enfin, selon l'heure et la saison, pour les fonds de sable propre.

    Certains pêcheurs vous parleront des courants en affirmant que leur présence est nécessaire pour réussir à la pêche au Bar.

    Je ne veux pas nier catégoriquement cette affirmation, ni ouvrir une controverse à ce sujet, car je pense, très sincèrement, que ce point de vue peut être valable pour certaines régions, où les courants sont l'effet de certaines conditions topographiques. Mais cela ne signifie pas automatiquement que la présence des Bars en découle. Je pense tout simplement que le Bar s'y trouve un moment donné parce que ce sont là ses points de prospection et que cette prospection à une heure précise et toujours régulière, selon les marées, coïncide avec la formation des courants.

    Sinon, si cette condition de courant était impérative et générale, comment expliquer la valeur de certains coins, innombrables, où il se fait des prises de Bars en quantité et où il n'existe pas la moindre trace de courant.

    Je n'envisage ici, dans le sens négatif, que les courants relativement puissants ou rapides tels ceux provoqués par un renversement de marée, à la sortie d'une rade, où l'eau s'écoule par un goulet étroit, exemple: Rade de Brest.

    Les courants locaux et normaux de marée qui existent partout et toujours sont, par contre, excellents en ce sens qu'ils font "travailler" les bestioles servant de pâture aux Bars et en particulier les crevettes.

    La parfaite connaissance de l'existence de ces courants miniatures et leur prospection méthodique, au fur et à mesure de leur progression, est toujours un gage de succès pour un pêcheur expérimenté. La preuve de cette dernière affirmation, maintes fois contrôlée, est facile à faire.

Il suffit de jeter une bouteille vide, bouchée, à la mer; vous constaterez, comme je l'ai fait moi-même, que dans la plupart des cas la marche de votre bouteille n'est influencée que par le vent ou les vagues.

    Tout comme pour l'affirmation précédente, la présence d'arrivées d'eau douce évoquée par d'autres pêcheurs comme étant particulièrement favorable, est à traiter en détail dans une hypothèse sur les lieux de séjour et de passage, que nous verrons ensemble u chapitre suivant.

    Bien qu'ayant déjà parlé de la vie du Bar dans le chapitre premier, il me paraît utile de toucher deux mots de sa reproduction dans celui-ci pour la raison que, pendant cette période, et plus particulièrement de janvier à mars, le poisson mord mal, malgré les conditions de pêche parfois idéales.

On peut logiquement attribuer cette réticence au fait qu'il est malade, travaillé sans doute par l'impérieux instinct de la continuation de l'espèce.

Ce qui expliquerait d'ailleurs l'appétit féroce des prises faites en avril, prises prouvant. visiblement que la fécondation a eu lieu.

 

(1) Il ne faut pas confondre poux et puces de mer, la première appellation " applique " une sorte de gros cloporte de la taille d'un hanneton, la seconde concerne le "talitre" de beaucoup plus petit.

 

 

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